Où est Charlie?

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À l’époque, ce jeu avait pour but de retrouver un petit personnage planqué dans une planche à dessins qui fourmillait de détails. Mon avis qu’en ce moment on n’a pas trop de souci pour le trouver, le Charlie.
Il y a dû avoir un bug ou on nous a changé les règles sans prévenir parce qu’on essaie plutôt de chercher les autres, ceux qui ne sont pas Charlie. Quand on fait partie des autres, on se compte l’air de rien, on se lance des regards entendus à la moindre allusion pour jauger de notre appartenance réciproque à ce troupeau de chiens galeux égarés parmi toutes ces colombes béates, prêtes à papillonner ( je ne suis pas sûre que les colombes puissent papillonner mais on va dire, virevolter, oui c’est joli virevolter), dans tous leurs cercles d’amis (au sens facebookien du terme).

Dans les nouvelles règles du jeu, le but est de propager la bonne parole de l’unanimisme totalitaire : acclamer l’action gouvernementale, faire rempart contre l’intégrisme, défendre comme un seul homme la liberté d’expression, marcher ensemble derrière la même bannière avec trois mots pour seule pensée politique, condamner, surtout condamner, pleurer les morts mais certains plus que d’autres, faire silence, ces sacro-saintes putains de minutes de silence officielles qui sont toujours les curseurs de l’indignation collective sur commande et propagandiste (quand avons-nous fait silence pour tous les morts tombés sous les balles policières, pour les victimes de la négligence d’État, pour ceux qui sont morts en prison faute de soins, pour toutes les femmes mortes sous les coups de leur conjoint, pour les migrants noyés aux portes de notre forteresse Européenne, pour les victimes des tirs français en Côte d’Ivoire, pour les Tutsis génocidés avec la complicité française, pour les Gazaouis bombardés par Israël, grand ami de la France…)

Mais allons, allons, pourquoi bouder notre plaisir? Quel bonheur, de voir toute cette foule bigarrée, allant du blanc clair au blanc à peine rosé, déambuler — foule légèrement mouchetée de quelques touches de couleurs plus sombres par-ci par-là (touches scrupuleusement mises en avant dans les photos publiés dans les medias pour montrer le pseudo-universalisme de la mobilisation grégaire à laquelle nous assistons).

À l’instar de Woody Allen, qui à l’époque où il arrivait encore à dire des choses drôles avait ironisé:  » Quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne », moi quand je vois et j’entends tous ces petits Charlie, j’ai envie de reconstituer l’Union Française, retrouver nos colonies perdues et bomber mon torse de suprémaciste frustrée par quelques décennies de vaches maigres. Ah mince, on me souffle à l’oreille que le programme est plus ou moins déjà en route : l’armée française est au Mali, en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, en Centrafrique, au Tchad etc, etc et nos grandes entreprises privées (Bolloré en tête) spolient la plupart des pays de nos anciennes colonies africaines. Me voilà rassurée!

Il n’y a pas d’issue – nous payons la violence de nos ancêtres
extrait de Les dits de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

Dune de Franck Herbert

Tout le reste n’est que littérature même si cette phrase est-elle même littérature.

Cette violence me hante parce qu’elle fait partie intrinsèquement de mon histoire familiale, tout comme de celle de la quasi totalité des Français, que ce soit en tant que descendants d’oppresseur ou d’opprimé, en tant que descendants de colonisé ou de colon. Chez moi on était plutôt du côté du colon, que les choses soient claires.

La fracture coloniale est le germe de cette violence intrinsèque qui nous habite tous et toutes, habitant-e-s de ce pays à la devise si mal à propos. Nos dirigeants font mine de le nier et c’est bien sûr dans leur intérêt (ne soyons pas naïfs), mais il serait peut-être temps que nous, le bas peuple, ouvrions enfin les yeux sur la réalité de cette société pathologique et pathogène, ce qui est là aussi dans notre intérêt en plus d’être moralement juste.
Que ce soit au niveau personnel ou collectif, on ne résout pas un trauma en le niant ou en en fuyant la réalité ou l’impact. L’inconscient collectif, tout comme personnel, est puissant et ne se laisse pas découvrir sans une mise à nue qui fait fi des tabous et interdits sociaux et familiaux. Il faut lutter pour pouvoir l’affronter.
Cette violence écrasante, historiquement incontestable même si quotidiennement contestée, est une donnée incontournable de la France contemporaine. Individuellement nous la portons, certains essaient de la dissimuler, d’autres la revendiquent, la justifient, d’aucuns l’affrontent, l’expient… Mais fondamentalement et collectivement notre société nous enjoint à la nier.

Quel était le but ultime de la colonisation si ce n’est la disparition du colonisé? Les guerres d’indépendances et les luttes des colonisés sont passés par là et ont été un moyen pour les anciens indigènes d’affirmer leur existence, de se débattre avec, de relever la tête, de combattre, et l’Occident a renoncé… en apparence, ou du moins temporairement, partiellement. En réalité, il a tiré rapidement les conclusions des débâcles indochinoises et algériennes pour élaborer d’autres tactiques de domination plus efficaces.

Celle déployée en son temps au Cameroun a montré que la France savait que l’heure n’était plus à l’affrontement direct entre colons et colonisés parce que cela valorisait le colonisé et lui permettait d’ancrer son identité dans la lutte contre le colon, ce qui l’émancipait et le grandissait. Elle s’est plutôt appuyée sur des régimes fantoches qu’elle mettait en place pour maintenir la relation coloniale, ce qui rendait la situation bien moins lisible pour qui voulait continuer à ne pas voir qui portait réellement le fouet.

L’autre épineux problème que l’Occident a affronté a été d’instaurer un continuum colonial à l’intérieur de son territoire métropolitain, puisque les années qui ont suivi les indépendances ont été également des années d’immigration de ces anciens colonisés et de leurs descendants.

Des territoires ont donc été majoritairement réservés à ces populations : d’abord des bidonvilles des grandes villes puis les cités HLM et ont servi de lieux d’expérimentation dont les grands axes sont :

  • Une ségrégation spatiale sous couvert de concepts républicains à géométrie variable comme la mixité sociale : on met globalement les noirs et les arabes dans les quartiers pourris où on laisse se dégrader les infrastructures publiques. Les services de l’État désertent ces mêmes quartiers sauf les forces de police. Parallèlement on développe un autre concept républicain fumeux qui est celui de zone de non-droit.
  • Les services accessibles sont au rabais : transports, médecins, éducation, activités périscolaires, administration mais on met en place des zones franches pour, soi-disant, lutter contre ce qu’on a en réalité favorisé. Ces zones franches permettent des exonérations fiscales pour des entreprises ou personnes qui s’installent dans ces territoires, ce qui une fois encore permet l’enrichissement de personnes ou entreprises extérieures à ces quartiers, sur le dos de la misère économique qu’on leur impose.
  • L’orientation scolaire est spécifique et dans les établissements scolaires en zone sensible on incite les élèves à s’orienter en lycée professionnel quels que soient leurs vœux et compétences à partir du moment où on les perçoit comme issus des pays anciennement colonisés.
  • La police est omniprésente et elle recourt systématiquement à la force quelle que soit la gravité du problème ou même quand il n’y a pas de problème : de toute façon la culture du chiffre et du résultat on sait ce que c’est dans la police. Ce sont les territoires de la BAC (Brigade Anti Criminalité) qui remet au goût du jour de sains rapports coloniaux, méthodes qu’on retrouve d’ailleurs dans les DOM/TOM (autre exemple de territoires d’exception) : contrôles au faciès, insultes, rondes incessantes, harcèlement, flash ball et taser sortis à la moindre remarque quand ce ne sont pas les flingues.
  • On culpabilise collectivement les parents des mineurs vivant dans ces quartiers avec un autre concept mortifère qui est celui de la démission des parents et on met en place des aides à la parentalité, qui sapent les structures familiales.
  • La connotation de ces quartiers ajoute une autre discrimination pour l’embauche de leurs habitant-e-s qui transforme les CV en repoussoir pour recruteurs.
  • Les medias dénigrent systématiquement les habitant-e-s et les présentent comme des sauvages sans aucune conscience politique. Les méthodes de reportage utilisent des fixeurs comme lors des reportages à l’étranger ou dans les zones en guerre, ce qui est une preuve flagrante de la distance qui existe entre le monde médiatique et les cités. Les habitant-e-s n’ont de fait aucune confiance dans les journalistes, et le bilan qui peut être tiré de des reportages produits leur donne raison.
  • La criminalisation collective de la jeunesse de ces quartiers est assurée par la mise en place d’une des politiques les plus répressives d’Europe en matière de trafic ou consommation de stupéfiants. En même temps on gère habilement les réseaux à faire tomber ou pas, pour ne pas assécher l’approvisionnement de matos, ce qui contribuerait à rendre totalement incontrôlable une grosse partie de la jeunesse des cités. Le pouvoir a clairement un intérêt à laisser une partie du bizness perdurer tout en ne cédant pas un iota sur la lourdeur des peines encourues, ce qui lui fournit un très bon moyen de pression activable à souhait.
  • Les habitant-e-s des cités sont infantilisé-e-s, ce qui est rendu plus simple par le fort taux de chômage qui y règne : pas d’autonomie financière, peu d’activité. Les hommes surtout, sont perçus comme d’éternels ados, ce qui semble autoriser les médias et responsables politiques à appeler les habitants « des jeunes » s’ils ont la peau foncée, quand bien même ils auraient largement passé la trentaine. Le but est de présenter et installer dans la pensée collective des garçons immatures, qui ne pourront pas assumer un foyer, qui sont décrédibilisés vis-à-vis des femmes de leur communauté et des anciens. Cela permet de casser les relations sociales traditionnelles. S’y ajoutent les humiliations policières quotidiennes qui jouent beaucoup sur la dévirilisation violente des hommes des cités.
  • Les nombreux crimes policiers jouissent d’une impunité sans faille depuis des décennies quelle que soit la coloration politique du ministre de l’Intérieur ou du gouvernement.
  • Les contrôles de l’administration sont renforcés et les habitant-e-s pauvres de ces quartiers sont supposés être par défaut des fraudeurs aux allocations quelles qu’elles soient. On multiplie dans le même temps les délais d’attente des traitements des dossiers et on ferme régulièrement les accueils de la Caf par exemple, ce qui a pour conséquence des coupures de paiement de plus en plus fréquentes.
  • On présente les femmes et jeunes filles de ces quartiers comme forcément dominées par les hommes de leur famille, mais en les empêchant d’avoir accès à l’école si elles décident de porter le foulard, tout en prônant l’émancipation des femmes par l’éducation selon le credo républicain.
  • Pour ceux qui pètent les plombs et c’est normal qu’il y en ait, ils sont gérés par l’administration judiciaire et pénitentiaire qui criminalisent les comportements pathologiques. Pour les plus « chanceux » (entre la peste et le choléra…) c’est direction l’Hôpital Psychiatrique qui n’offre aucune perspective de soin digne de ce nom, d’autant plus que la sectorisation de son organisation implique une hiérarchisation des services en fonction de leur localisation. En effet, de toute façon les bourgeois ont généralement une bonne couverture de santé qui leur permet de se diriger vers des établissements privés. La psychiatrie publique est laissée à l’abandon aussi parce qu’elle est affectée essentiellement au soin des plus pauvres.

Tous ces aspects découlent directement de la façon dont les indigènes étaient perçus et appréhendés dans les anciennes colonies. La continuité historique se pare forcément d’habits plus respectables, comme certains principes républicains qui ont pour intérêt d’appliquer l’exact contraire de ce qu’ils prétendent dénoncer. Cet aspect est très important, parce qu’il est à la base du système français : un système intrinsèquement raciste qui a réussi à développer un discours solide et schizophrène sur les valeurs qu’il met en place. Dès que vous tentez de le dénoncer, on vous ressort les principes officiels qui définissent le « pacte républicain » (« pacte » ça fait tout de suite solide, non?) et qui prônent l’égalité intangible de chaque citoyen.

Il est intéressant de citer un extrait de L’Homme dominé écrit en 1968 par Albert Memmi (qui n’écrira pas toujours des choses intelligentes par la suite) :

Dans une condition d’oppression, le refus de soi ne résout rien.
Je l’ai vérifié à propos de tous les autres portraits d’homme dominé : le refus de soi provoque de telles distorsions, de telles destructions, dans l’âme et la conduite de l’opprimé, qu’il serait déjà une solution trop coûteuse.(…) Et surtout, finalement, le refus de soi va dans le sens même de l’oppression ! Car, enfin, que souhaite l’oppresseur sinon la destruction de sa victime ? Sa soumission totale, c’est-à-dire sa néantisation psychologique, mais aussi, plus ou moins obscurément, son écrasement physique. Je ne veux pas m’étendre ici sur cet autre point, qui n’est pas nécessaire à mon propos : mais je suis persuadé qu’au bout de l’oppression, se trouve la mort de l’Opprimé. En tout cas, se refuser, c’est au moins se résigner à l’oppression ; se refuser, c’est presque consentir à sa mutilation. Telle est l’absurdité du refus de soi : démarche pour alléger l’oppression, il aboutit à y contribuer.

Conclusion : de cette construction méthodique et systémique découle une pression insupportable pour la majorité des habitant-e-s soumis à des injonctions paradoxales constantes. Comment concilier les aspirations légitimes communes à chaque adolescent avec la violence qu’il subit quotidiennement pour qu’il reste à sa place, celle du dominé économique, avec une identité méprisée et niée, une histoire tronquée, des ambitions ravalées, des rêves qui s’écroulent avant même de pouvoir être formulés, une culture dévalorisée et j’y arrive… une religion saccagée par une islamophobie systématique destinée à prendre le relais du racisme anti-arabe et anti-noir, plus connoté “années 80”. Le discours islamophobe a permis d’exonérer tous les gauchistes racistes, qui avaient quelque culpabilité à user des termes pas trop gauchistement corrects tels que bougnouls, bamboulas, sauvages ou barbares. Maintenant on peut taper sur les bronzés parce qu’on est pour la laïcité et contre l’intégrisme, ça a quand même plus de gueule, non? Tout de suite ça donne un air de combattant pour les libertés qui est toujours bon à prendre quand on rêve de grands soirs hypothétiques qu’on n’aura jamais le courage de mettre en pratique. C’est bien plus facile que d’aller saisir les entreprises du CAC40 ou d’aller brûler le Sénat.

On en revient donc à Charlie, celui qu’on a laissé là-bas dans la manif. Dans le contexte rapidement esquissé (que nombres d’études sociologiques ont évidemment dépeint bien mieux que moi), publier à longueur d’année comme l’a fait Charlie Hebdo, des dessins moquant la religion musulmane et des croquis racistes (voir ce très bon article d’Olivier Cyran, ancien collaborateur à Charlie Hebdo), c’est tout simplement participer de cette violence organisée, quotidienne et systémique qui a pour but très clair la disparition, si ce n’est physique, du moins symbolique, psychologique et identitaire des descendants de colonisés habitant en France.

Il faut habiter un de ces quartiers (ce qui s’avère être mon cas), pour prendre la mesure de la guerre qui s’y livre, et je pèse réellement mes mots, avec les forces policières comme force d’occupation. Les territoires d’exception que représentaient les pays colonisés ont cédé la place à des territoires d’exception au sein même de la République Française, où a lieu ce processus d’effacement totalitaire avec le vernis républicain en prime pour maintenir un semblant d’apparence égalitaire.

Ce qui m’affecte le plus quotidiennement et qui se déroule sous mes yeux, ce ne sont pas les morts de Charlie Hebdo mais l’auto-destruction généralisée de nombre d’habitant-e-s (les femmes ne sont pas en reste même si les mécanismes sont différents) des cités qui implosent littéralement : prison, drogues, attirances pour les conduites à risque, non-préservation de soi-même, perte de perspectives, hôpital psychiatrique, échec scolaire, chômage de masse…

Chaque jour je m’étonne que cette violence ne se dirige pas plus souvent vers les responsables politiques, vers les dirigeants, les institutions mais ils sont si loin, inatteignables surtout quand la ségrégation spatiale a très efficacement limité le périmètre mental d’action. Alors on flambe tous un peu plus, les têtes chauffent et s’éclatent contre les murs et contre les grilles et les barrières que la dernière décennie a vu fleurir autour de nos cités, parce qu’ils ont réussi à nous faire croire que le danger c’était nous mêmes. En vase clos, en silence, toute cette souffrance qui ne parvient pas à trouver une autre cible que soi, le mépris intégré, la dévalorisation assimilée.
Mais parfois, rarement, cette violence va plus loin et explose, pas forcément sur les cibles les plus appropriées, en tout cas pas pour l’instant, mais elle explose, brute, non organisée, sans discours très cohérent, sans réflexion et avec une rage et une puissance égale à celle qu’il a fallu pour la contenir pendant toutes ces décennies. Ces décennies de parquage dans les cités, ces décennies de mémoire refoulée de là-bas où les parents étaient indigénisés, les mères dévoilées en place publique, les tantes violées et torturées, les contestataires passés à la gégène et égorgés par les soldats français, pendant qu’ici on noyait les oncles dans la Seine et jusqu’à maintenant, dans les transformateurs où des ados périssent, dans les commissariats où l’intégrité physique des gardés à vue n’est plus assurée, et je dirais même systématiquement en danger.

Non pas que les dessinateurs de Charlie Hebdo étaient les responsables de ce système mais ils en étaient un petit rouage, si pratique pour le pouvoir, avec une fonction bien définie qu’ils s’étaient attribués d’eux mêmes, apparemment par conviction, sans qu’on les ait forcés le moins du monde.

Et moi je sais maintenant que ce grand étau qui serrait déjà au delà du raisonnable va continuer à faire son œuvre et les mâchoires se rapprocheront parce que cette explosion de violence est envisagée par le pouvoir comme un dommage collatéral qui aura beaucoup de retombées positives pour lui, puisqu’il lui permettra de mettre en œuvre ses grands projets de dictature de la pensée unique, d’oppression raciale, de contrôle total à base de surveillance d’Internet et de techniques biométriques.

Mais nous payons la violence de nos ancêtres et vos enfants paieront la vôtre. Et en attendant que la violence des dominés trouve sa juste cible, je sais que des morts dans les commissariats il y en aura d’autres, que les attaques de mosquées vont fleurir encore plus qu’habituellement (ça a commencé), les agressions d’arabes et de noirs augmenter dans les endroits reculés de France tout comme les attaques contre les femmes qui portent le foulard. Mais l’étau finira par se rompre pour de bon, ça ne fait aucun doute car personne ne peut supporter une telle tension beaucoup plus longtemps.

Pour citer le précieux James Baldwin (écrivain noir américain élevé dans la religion protestante) dans La Prochaine fois le feu en 1963 :

Et si j’étais Musulman noir je n’hésiterais pas à exploiter, voire même à exaspérer le mécontentement social et moral qui règne ici, car en mettant les choses absolument au pire je n’aurais jamais que contribué à la destruction d’une demeure que j’abhorre. Et tant pis si je devais en périr moi aussi. Des gens périssent ici depuis si longtemps.

Et dans ce contexte manichéen où on nous enjoint à choisir notre camp, cela fait déjà bien longtemps que j’ai choisi le mien. Comme disait justement Malcolm X :

We are non violent with people who are non violent with us

 

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2 Commentaires

  1. Merci pour ce texte.
    Contrairement à toi, j’ai eu un peu d’espoir lorsque j’ai vu ces appels à manifester (ou marcher comme ils disent). J’ai été bien naïve. Finalement, j’ai le sentiment que cette tuerie est désormais juste la justification de tous les actes de violences passés et à venir. ça m’a tout particulièrement sauté aux yeux le fameux jour de la minute de silence. Mes enfants sont rentrés de l’école et m’ont expliqué qu’ils avaient fait la minute de silence et m’ont rapporté ce qu’on leur avait expliqué : « des méchants qui ont tué des journalistes » et qu’il fallait désormais « les attraper et les tuer ». Il m’a alors semblé que le message que j’essaie de leur faire comprendre quotidiennement selon lequel « il ne sert à rien de répondre à la violence par la violence » (c’est un raccourci évidemment) s’est envolé et avait perdu toute crédibilité à leurs yeux…. Vraiment c’est déprimant…

    • Les témoignages sur tout ce qui s’est passé au sein de l’Éducation Nationale après la tuerie mériteraient un texte entier : le contrôle des élèves supposés musulmans, l’interdiction de l’expression de la parole dissidente, la version d’État délivrée sans aucun regard critique, la répression violente des élèves qui avaient une opinion plus nuancée… un grand moment de propagande nationale qui restera dans les annales. Mais personnellement ayant fait partie de la « grande maison » en coup de vent il y a longtemps, c’est plutôt le contraire qui m’aurait étonnée.

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