Frères et soeurs dans la lutte

L’exploité s’aperçoit que sa libération suppose tous les moyens et d’abord la force. Lorsqu’en 1956, après la capitulation de M. Guy Mollet devant les colons d’Algérie, le Front de Libération Nationale, dans un tract célèbre, constatait que le colonialisme ne lâche que le couteau sur la gorge, aucun Algérien vraiment n’a trouvé ces termes trop violents. Le tract ne faisait qu’exprimer ce que tous les Algériens ressentaient au plus profond d’eux-mêmes : le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence.

Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre (1961)

Le communiqué diffusé par un ensemble de groupes et d’individus Palestiniens qui vivent en Palestine ou en exil pour exprimer leur solidarité avec leurs frères noirs de Ferguson dans le Missouri qui expriment leur colère après l’assassinat de Mike Brown par un policier blanc est extrêmement important. Il est disponible [en anglais] sur l’excellent site Electronic intifadah. (J’encourage vraiment toutes les personnes concernées par les luttes révolutionnaires dans le monde d’essayer d’améliorer leur anglais, au moins pour la lecture. La somme de documents disponibles est sans commune mesure avec les ressources en français et les analyses sont moins franco-françaises, moins marquées par ce néo-colonialisme qu’est la revendication de la francophonie). Les signataires du communiqué en question reconnaissent les différences de contexte mais savent aussi ce qui les unissent. Extrait :

Nous reconnaissons le mépris et le manque de respect pour les corps noirs et les vies noires, endémique dans le système suprémaciste qui régit la terre avec une brutalité gratuite. Vos luttes tout au long des années sont une source d’inspiration pour nous alors que nous menons nos propres batailles pour une dignité humaine de base. Nous continuons à trouver l’inspiration et la force dans vos luttes à travers les époques et vos leaders révolutionnaires comme Malcolm X, Huey Newton, Kwame Ture, Angela Davis, Fred Hampton, Bobby Seale et les autres.

La solution est dans l’internationalisation des luttes anti-coloniales, anti-impérialistes. Le sionisme est un colonialisme et un impérialisme. Les dominants savent s’unir avec ceux qui ont les mêmes intérêts qu’eux. Israël est soutenu par les États-Unis, Israël était un soutien intangible de l’ancien régime d’apartheid Sud Africain (même au plus fort des campagnes de boycott), Israël est soutenu par le régime dictatorial et sanguinaire Égyptien du Général Sissi. Il faut que les damnés de la terre s’unissent et s’organisent. Malcolm X a été assassiné quand le gouvernement américain a compris qu’il avait commencé à organiser concrètement sa lutte internationalement et pas uniquement à l’échelle nationale parce qu’il savait que cela prendrait une tournure de plus en plus difficile à maîtriser pour eux.

Comme cela est expliqué dans cet article sur Malcolm X et la question Palestinienne [en anglais], le dernier voyage de Malcolm X en Afrique date de 1964. Il y avait rencontré des dirigeants Africains et établit des liens entre des Africains du contient et ceux de la diaspora. En Septembre de cette même année Malcolm X s’est rendu à Gaza pour deux jours. Il a rencontré des officiels du gouvernement local, s’est rendu dans les camps de réfugiés, a prié dans une moquée locale avant de tenir une conférence de presse au parlement de Gaza. Il a aussi rencontré Ahmed al-Shukairy,le premier président de l’OLP. Les discussions ont conduit à la rédaction d’un article appelé « Zionist Logic » (La Logique sioniste) publiée par Malcolm X dans la gazette égyptienne le 17 septembre 1964. Il y  dénonçait le sionisme comme une nouvelle forme de colonialisme ayant pour but de tromper les masses Africaines en les soumettant avec leur accord à leur autorité « divine » et à leur leadership. En se référant à l’aide du gouvernement israélien d’alors envers les nouveaux états africains indépendants, il démontra que cela représentait une extension du colonialisme européen, différent seulement par la forme et la méthode mais non pas les raisons ou les buts. Pour lui cette combinaison d’interférence entre États-Unis et Israël constituait le « dollarisme sioniste » qui avait mené à l’occupation militaire de la Palestine.

Le propre de tout révolutionnaire engagé dans la résistance à l’oppresseur est de savoir qu’il n’y aura pas de retour possible.

 I tell you. I’m a man who believes that I died 20 years ago and I live like a man who is dead already. I have no fear whatsoever of anybody or anything.

Malcolm X

[Traduction : Je vous le dis. Je suis un homme qui croit qu’il est mort il y a 20 ans et je vis comme un homme qui est déjà mort. Je ne ressens pas de peur ou quoi que ce soit vis-à-vis de qui que ce soit ou de quoi que ce soit.]

 J’ai pensé à cette déclaration de Malcolm X (qui est citée d’ailleurs dans le morceau de Yasin Bey « Niggas in Poorest »)  après l’assassinat par Israël de trois chefs militaires des Brigades Ezzedine al-Qassam cette semaine : Raëd al-Atar, Mohammed Abou Chamala et Mohammed Barhoum. Qu’ils reposent en paix. Ils ont donné leur vie pour la défense du peuple palestinien, qu’Allah fasse que leur lutte mène à la libération de la Palestine. Simultanément une opération ciblée visait Mohamed Deif (voir son portrait, pas trop à charge contrairement à d’habitude, sur le site de France 24), qui semble avoir échappé pour la 6ème fois à un attentat ciblé de la part des Israéliens. Son épouse et ses deux enfants de 6 mois et 3 ans sont morts. Le Hamas certifie qu’il est encore en vie. Sur le blog The Palestine you don’t know, figure un extrait d’un compte twitter où l’auteur Abu Yazan a écrit :

I am from Gaza and I am using Hamas as a human shield.. We’re all behind the resistance fighters.. We’re using them for own protection

[Traduction : Je suis de Gaza et j’utilise le Hamas en tant que bouclier humain… Nous sommes tous derrière les combattants de la résistance… Nous les utilisons pour notre protection] S’il est clair que la sempiternelle accusation des médias posant systématiquement le fait que le Hamas utilise la population de Gaza comme bouclier humain est inadmissible, je n’avais jamais pensé à retourner le stigmate pour définir la situation des Gazaouis vis-à-vis du Hamas. C’est simple, juste et percutant.

Comme le dit Haidar Eid, intellectuel et activiste palestinien à la fin de cette vidéo où il met en musique « Love in the Time of Genocide » du poète égyptien Abdul Rahim Mansour, voir sur le blog d’Ali Abunimah :

The Palestinian people, and Gazans in particular, have been living an unending massacre since 1948. We can no longer negotiate about improving the conditions of oppression; it is either the full menu of rights, or nothing. And that means the end of occupation, apartheid and colonialism.

[Traduction : Le peuple palestinien, et les Gazaouis en particulier, vit un massacre incessant depuis 1948. Nous ne pouvons plus négocier pour améliorer les conditions de l’oppression ; ou bien c’est l’ensemble des droits ou bien rien. Et cela signifie la fin de l’occupation, de l’apartheid et du colonialisme.]

"Le Retour" - Imad Abu Shtayyah

« Le Retour » – Imad Abu Shtayyah

C’est cela qu’Israël n’a pas compris : les Palestiniens de Gaza n’ont plus rien à perdre dans l’état actuel des choses. Tout est détruit, les enfants meurent, les vieux meurent, personne n’est à l’abri ni dans les refuges de l’ONU, ni dans les écoles, ni dans les hôpitaux. Comment pourraient-ils maintenant accepter que tout cela n’aboutirait même pas à la levée du blocus, c’est juste impensable. Je suis persuadée qu’Israël va s’effondrer comme l’Afrique du Sud de l’apartheid s’est effondrée en son temps. Sa position n’est pas tenable. Ce sera certes  encore au prix de nombreux morts palestiniens. Et de toute façon, à plus long terme, la différence démographique est un handicap pour l’état sioniste et il le sait. Les Palestiniens sont déjà plus nombreux et ce n’est pas la volonté d’Israël de favoriser l’immigration juive qui suffira. C’est aussi pour cette raison qu’Israël cible les enfants : un enfant est un Palestinien de plus et toute l’action d’Israël est fondamentalement dans  une logique d’extermination des Palestiniens. Et pour ça quoi de mieux que d’atteindre un peuple dans ce qui représente son avenir : la jeunesse.

Quelques liens :

le twitter d’Anas Hamra, journaliste qui vit à Gaza pour avoir des infos de première main,

le tumblr de Dina, une travailleuse sociale palestinienne qui travaille avec une ONG de défense des droits humains pour les enfants (DCI-Palestine), elle est aussi conseillère au centre de réhabilitation pour les victimes de la torture (TRC).

The Palestine you don’t know :  blog superbe et foisonnant

Si vous voulez voir d’autres oeuvres d’Imad Abu Shtayyah.

Pour finir, une chanson de lutte de Julia Boutros, chanteuse chrétienne libanaise dont la mère est arménienne de Palestine. Que sa ferveur soutienne tous les combattants pour la liberté et la justice dans le monde.

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