Le travail c’est la santé !

travail

Je tenais à vous raconter une petite histoire personnelle assez révélatrice de la politique de contrôle des chômeurs menée par Pôle Emploi.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, quelques précisions s’imposent :  tout d’abord je pratique Pôle Emploi depuis longtemps  (depuis sa création puisque je l’ai connu dès sa naissance) comme j’ai pratiqué l’Anpe également pendant fort longtemps jusqu’à sa mort. J’ai pourtant commencé à travailler rapidement dans ma vie puisque j’ai mené mes études en étant étudiante salariée : des petits boulots, pas mal de travail en tant que serveuse en restauration et enfin la « consécration » avec un poste de surveillante dans l’éducation nationale qui m’a permis d’avoir quelques années à la fin avec de bonnes conditions d’études. J’ai ensuite travaillé quelques années après mes études mais je dois dire que j’avais déjà l’impression d’avoir fait le tour du problème : le boulot c’est aliénant, chiant, long et on découvre un mode de compromissions, de lâchetés et de servilité généralisée. C’est le meilleur laboratoire pour observer la tendance moutonnesque et individualiste de la nature humaine. Bref, c’est bien si on veut en tirer des réflexions sociologiques ou psychologiques (ce que je n’ai pas manqué de faire), mais sinon il y a juste de quoi devenir misanthrope pendant au moins 7 générations.

Du coup je n’avais plus trop envie de perdre mon temps à gagner ma vie, ayant des choses bien plus importantes et urgentes à faire. En plus, comme on nous le rabâche à longueur de temps : des millions de personnes en France sont sans emploi et recherchent avidement du travail. Mon sens poussé du sacrifice et mon amour de la patrie m’ont convaincue spontanément de leur laisser ma place.  S’en est donc suivi pas mal d’années, constituées de périodes de chômage rigoureux entrecoupées de petits boulots d’exploitée, variés et jamais plus longs que 2 mois d’affilée grosso modo.  En toile de fond de ma petite organisation personnelle il faut s’imaginer les différents messages gouvernementaux (de droite comme de gauche) pour inciter les assistés à se lever tôt tout en vilipendant ceux qui profitent du rmi/rsa/apl/api/are/ass etc etc (liste à compléter en fonction des acronymes en vogue). Je sentais bien ce discours se raidir mais on prend l’habitude et on finit par ne même plus y prêter attention. Ça fait partie du folklore du chômeur.

Arrive alors la fusion Anpe/Assedic décidée sous la présidence Sarkozy afin d’aider les chômeurs et de rendre leur accueil plus agréable, plus efficace, plus professionnel et plus humain (sic). Et là on sent tout de suite que ça va être un tournant : tout le monde râle, c’est le bordel partout et alors qu’avant je pouvais parfois tomber sur des agents de pôle emploi assez souples ou porteurs d’un discours autre que « Si tu prouves pas que tu cherches du boulot H24 on t’enlève tes allocs et de toute façon c’est pas ta thune donc prosterne toi quotidiennement devant l’intangible mansuétude de l’État bienfaiteur et maternant », là le vent tourne. Plus le système de contrôle de chômeurs devient répressif, plus les informations délivrées par Pôle Emploi ou l’aide éventuelle deviennent inexistantes. Les masques tombent : à pôle emploi on manie le fouet et la menace. Le but est maintenant de faire baisser le chômage non pas en aidant les chômeurs à trouver un emploi mais en les radiant (le vernis s’écaille). Ça a toujours été une tendance forte de la maison mais là on passe à l’abattage. L’ambiance dans les agences se tend et devoir affronter les arcanes de pôle emploi s’apparente alors à une guérilla : il faut se préparer psychologiquement pour l’affrontement à chaque rendez-vous, à chaque passage au guichet, à chaque demande de réouverture de dossier ou de droits à faire valoir. Ça devient un combat permanent. Jusqu’à présent ma connaissance du système de répression des chômeurs m’avait permis de passer entre les gouttes ou plutôt entre les coups de massues (parmi les nombreux boulots que j’ai occupés j’ai fait de l’accueil dans une antenne Assedic il y a 10 ans ce qui m’a beaucoup aidée à connaître le système et surtout ses failles à exploiter, ce qu’il faut dire ou pas, faire ou pas, déclarer ou pas). Et là j’avoue que ça devient plus hardcore. Je décroche le pompon finalement en tombant sur un nouveau conseiller attitré (après avoir changé d’agence trois fois en 2 semaines sans jamais avoir changé d’adresse) et là je sens bien que les ennuis commencent.

Il s’appelle Monsieur V. Profil : la trentaine grand maximum (les pires parce qu’ils ont encore beaucoup à prouver et en plus ils y croient), style plutôt cool (jean et basket) et lui il sait ce qui est bon pour moi. Quand je le rencontre la première fois je dois occuper un CDD d’un mois quelques jours plus tard donc je me dis que ça va le calmer de voir que de temps en temps je bosse. Il a l’air de se prendre au sérieux mais il doit avoir d’autres chats à fouetter. Il faut préciser que c’est l’époque où on nous dit qu’on  convoquera  les chômeurs chaque mois (ça fait longtemps alors que c’est le discours officiel mais en général ils n’y arrivent pas). Là on dirait qu’ils essaient vraiment de le faire et du coup juste après la fin de mon cdd je revois Monsieur V qui n’a pas perdu de sa verve et de sa motivation à me faire regagner les rangs des masses laborieuses. C’est l’époque de la France qui se lève tôt et tout le blabla qui l’accompagne. J’essaie de faire le dos rond mais ça ne marche pas trop. A l’époque je touche l’ASS (environ 460€ par mois) et apparemment j’ai une grosse dette morale vis-à-vis de l’État selon mon conseiller. Soit. Dans ce genre de situation (avec un pistolet dans le dos en gros), je peux acquiescer à n’importe quoi. Mais mon conseiller est un malin, il a l’air d’avoir compris que je suis une grosse tire-au-flanc. Et lors d’un rendez-vous, alors qu’il me présente des offres d’emploi de type CAE, emplois subventionnés (20h payés au SMIC dans le secteur non marchand avec des conditions de diplôme scandaleuses vu les responsabilités et la rémunération) je lui annonce que je refuse de postuler à ce genre d’emploi. C’est la déclaration de guerre. J’apprendrai plus tard après une petite formation sur le droits des chômeurs qu’un chômeur a tout à fait le droit de refuser un emploi à temps partiel si son Projet personnalisé d’accès à l’emploi (PPAE) mentionne qu’il veut travailler à temps complet, mais ça je ne le savais pas à l’époque. À partir de ce jour là le but de Monsieur V est de me faire faire une faute pour pouvoir me radier, ce qu’il arrive presque à faire. En pratiquante assidue des arts martiaux, je sais que c’est à ce moment là qu’il me faut contre attaquer puisqu’il s’est mis lui même en faute vu son zèle répressif. J’écris alors une assez longue lettre au directeur de l’agence pour présenter la situation et demander un changement de conseiller.

Suite à cela, naïve que je suis, je pense que l’on va accéder à ma demande sans autre forme de discussion. Je reçois une convocations deux semaines plus tard environ que je crois être un rendez-vous avec un nouveau conseiller. Je m’y rends et comprends une fois dans le bureau que je me suis faite piéger et que je suis face au directeur adjoint (ou un titre de ce genre) de l’agence. Et c’est parti pour une demie-heure de réprimande, tentatives de culpabilisation, d’infantilisation. Il a ma lettre devant lui avec des passages surlignés au fluo et me dit que mes reproches sont inacceptables, que Monsieur V n’a jamais fait l’objet d’aucune réclamation de qui que ce soit, que c’est un très bon élément et que par contre je cumule un nombres d’années de chômage trop important alors qu’une formation m’a été financée il y a quelques années grâce à l’argent public. Il me dit que la fête est finie, que je ne suis pas en situation d’avoir le luxe de choisir le type d’emploi pour lequel je postule. Il me sort la doxa sarkoziste sur les assistés, le travail formateur et les obligations des chômeurs vis-à-vis de la nation. Youpi ! Je me défends comme je peux mais j’ai juste envie de lui dire d’aller …(bip) sa mère, ce qui n’arrangerait pas vraiment ma situation, alors je lui parle politique, droit des chômeurs et inégalités sociales. L’entretien finit sur des menaces du genre on vous a à l’œil, maintenant votre dossier fait partie de ceux qu’on surveillera et vous ne perdez rien pour attendre, tout en me disant qu’un nouveau conseiller me sera néanmoins attribué. C’est au moins ça de gagné !

Moins d’une semaine plus tard je reçois une proposition d’emploi de la part de l’agence. C’est la première fois que ça m’arrive et évidemment je comprends bien que ce n’est pas un hasard! C’est un emploi subventionné CAE 20h par semaine payé au SMIC complètement bidon dans une association qui travaille avec des PME (type de poste qui était au cœur de la « discussion »). Je ne sais plus c’est quoi le truc mais il faut aller voir des patrons de ces PME pour mettre en place des trucs pour l’asso, c’est très flou, ça concerne l’économie et de toute façon je n’ai absolument aucune compétence  dans ce genre de boulot. Par contre je comprends directement que si je ne réponds pas, je serai radiée illico vu les mises en garde.

Une seule solution : faire une lettre de motivation qui me grille auprès de l’asso et fait qu’ils auront envie de prendre n’importe qui sauf moi tout en restant crédible : ne pas trop en faire ! Une de mes potes est super motivée par le challenge et nous pondons (surtout grâce à ses talents certains) une lettre merveilleuse sur laquelle je suis tombée il y a peu et qui m’a fait beaucoup rire. J’ai donc eu envie de la faire partager.

lettre_motivation

Je n’ai évidemment pas été recrutée pour l’entretien mais l’histoire ne s’arrête pas là. Ironie du sort, quelques semaines plus tard en discutant avec des potes, je raconte un peu cette histoire et un de leurs voisins présent à ce moment là me demande le nom de l’asso. Je réponds et là il éclate de rire en me disant que dans le cadre de son travail il était là au moment des sélections des postulants pour ce poste et qu’il a entendu le gars chargé de choisir les candidats se morfondre, visiblement mortifié à la lecture de ma lettre et indigné par certains passages qu’il répétait en disant « non mais là, vraiment je ne peux rien faire pour elle ». J’ai donc été ravie que notre lettre ait pu rencontrer un public de connaisseurs ou du moins son public !

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3 Commentaires

  1. Anonyme

    Je n’ai pas pu résister à la tentation de relire ta lettre et c’est vrai, elle produit toujours le même effet. Le rire, c’est sûr, c’est la santé!!!

  2. En fin de compte il y a encore des personnes qui rédigent des articles de qualité…merci !

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