Martinique 1959

Je suis tombée par hasard sur une très bonne émission de radio sur France culture qui relate les émeutes qui se sont déroulées en 1959 en Martinique à Fort de France suite à un accident de la circulation entre un martiniquais noir et un blanc français. Trois assassinats par la police (dont celui de Christian Marajo,15 ans, dont le portrait illustre cet article en page d’accueil) et une mise en exergue des rapports coloniaux qui gangrènent les territoires dits d’Outre-Mer passés du statut de colonies à départements français en 1946. Mais un nouvel intitulé administratif ne peut enterrer des siècles de domination, d’esclavage. En 1959 la société martiniquaise est toujours une société meurtrie par les rapports raciaux hérités de l’esclavage, comme cela reste le cas aujourd’hui encore malgré certains changements.

Pour citer Patrick Chamoiseau dans L’esclave vieil homme et le molosse en 1997 :

nous nous sentons submergés par ce nœud de mémoire qui nous âcre d’oublis et de présences hurlantes

On peut écouter l’émission sur le site de la radio de La Fabrique de l’histoire. La place est laissée aux témoins de l’époque, à ceux qui se sont rebellés et aux proches des victimes. Elle tente aussi de présenter la situation économique et sociale de l’époque.

La Guadeloupe connaîtra également des émeutes ponctuées de nombreux morts en 1967. Dans un cas comme dans l’autre : la répression sanglante de la part du pouvoir français. Cette attitude violente est le point commun dans tous ces territoires marqués par les rapports coloniaux : la Nouvelle Calédonie, les Antilles françaises ou les banlieues populaires (ici de par la présence des descendants de colonisé-e-s). L’attitude systématique du pouvoir français à toute velléité protestataire dans ces situations est la répression armée.

Le rapport racial pré-existant détermine directement le mode opératoire : on tire ! Quel que soit le type d’actions (qu’on peut trouver justifiées ou non) mises en place par d’autres pans de la société française, par exemple les agriculteurs qui manifestent contre des mesures particulières, ou tout ce qui s’est passé à Notre Dame des Landes, la violence répressive n’est jamais du même ordre que quand elle est dirigée contre des groupes perçus avant tout comme des noirs et des arabes, c’est-à-dire considérés comme des colonisés. On emploie alors des méthodes de gestion coloniale. Cette situation traverse désespérément les époques depuis la fin de la 2ème guerre mondiale.

L’émission suivante est une balade à St Pierre et Fort de France en compagnie de l’écrivain Patrick Chamoiseau qui évoque la mémoire des lieux et la persistance du traitement colonial de l’histoire martiniquaise.

Edit du 10/11/2013 : je suis tombée par hasard sur un article de Libération intitulé « Faut-il porter un bonnet rouge pour échapper à la justice ? » qui fait une comparaison entre le traitement judiciaire des manifestations récentes des patrons bretons et celles des syndicalistes en montrant que les syndicalistes subissent la répression plus sévèrement (en prenant entre autres le cas de Xavier Mathieu, syndicaliste à l’époque en lutte chez Continental). Le constat est juste mais n’oublions pas que dans les quartiers populaires ou en outre-mer ce ne sont pas des amendes ou de la prison avec sursis qu’on utilise mais de la prison ferme, des flash ball qui rendent les gens borgnes, et des balles réelles. Les nombreux homicides perpétrés par la police sur le territoire français sont là pour nous le rappeler. La justice française est une justice de classe certes, mais aussi raciale et être à la fois pauvre et noir/arabe vous classe de fait parmi la classe dangereuse à mater à coup de fusil ! C’est aussi ça qui fit la différence entre les morts du métro Charonne et le massacre du 17 octobre 1961.

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2 Commentaires

  1. Ouaou, des belles émissions on dirait.

  2. negreinverti

    Super merci pour tous ses liens : je partage ! 😉
    A bientôt 🙂

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