Alexandre Piettre, un récidiviste

J’avais publié un article sur ce blog il y a quelques mois qui concernait entre autres les agissements d’un chercheur en sociologie dénommé Alexandre Piettre qui avait leurré deux habitants de Bagnolet, membres du PIR à l’époque, et musulmans, dans le but de prouver l’impérieuse nécessité qu’aurait la nation à soutenir ses recherches sur les musulmans des quartiers populaires.
L’histoire ne s’est hélas pas arrêté là et ce chercheur en mal de déontologie a continué à sévir.
J’ajoute donc l’autre texte écrit par Nemane Amraoui et Youcef Brakni, les deux musulmans en question, membres du Groupe des Associations de Bagnolet :

Alexandre Piettre, la police, et nous
Alexandre Piettre envoie la police faire taire deux musulmans de quartier

Louange à Allah maitre des mondes
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Quand les hypocrites viennent à toi, ils disent : « Nous attestons que tu es certes le Messager d’Allah »;
Allah sait que tu es vraiment Son messager; et Allah atteste que les hypocrites sont assurément des menteurs.
Ils prennent leurs serments pour bouclier et obstruent le chemin d’Allah. Quelles mauvaises choses que ce qu’ils faisaient!
C’est parce qu’en vérité ils ont cru, puis rejeté la foi. Leur coeurs donc, ont été scellés, de sorte qu’ils ne comprennent rien.
Et quand tu les vois, leurs corps t’émerveillent; et s’ils parlent, tu écoutes leur parole. ils sont comme des bûches appuyées (contre des murs) et ils pensent que chaque cri est dirigé contre eux. L’ennemi c’est eux. Prends y garde. Qu’Allah les extermine! Comme les voilà détournés (du droit chemin).
Et quand on leur dit : « Venez que le Messager d’Allah implore le pardon pour vous », ils détournent leurs têtes, et tu les vois se détourner tandis qu’ils s’enflent d’orgueil.
C’est égal, pour eux, que tu implores le pardon pour eux ou que tu ne le fasses pas : Allah ne leur pardonnera jamais, car Allah ne guide pas les gens pervers.

Sourate 63 AL-MUNAFIQOUN (LES HYPOCRITES ) (versets 1-5)

En mai 2013, le sociologue A. Piettre, militant au sein du Parti des Indigènes de la République, a fait appel à la police pour qu’elle l’aide à nous contraindre au silence et à la soumission.
Il s’est en effet rendu au commissariat pour se plaindre du fait que nous ayons interrompu un séminaire qu’il animait. En intervenant ainsi à l’université, nous voulions l’empêcher de présenter à nouveau « l’enquête », véritable escroquerie, qu’il a conduite sur les deux militants musulmans que nous sommes. Nous l’avions prévenu que c’est ce que nous ferions s’il persistait à vouloir exploiter notre vécu sans notre consentement.
A. Piettre s’est donc plaint auprès de la police de notre refus de le laisser exploiter nos vies et nos luttes, qu’il a méthodologiquement pillées. Voici donc un sociologue qui porte plainte contre ses objets d’étude, lesquels refusent d’être ses objets, pour les contraindre à se laisser docilement étudier. Rien ne doit résister à son ambition de faire carrière au sein du monde universitaire, en tant qu’ « expert en islamistes ». Et pour lui, ce ne sont pas deux petits arabes de quartier qui l’empêcheront de prétendre à la reconnaissance institutionnelle et à l’argent qui va avec…
Il ne lâchera donc pas son business, même s’il faut pour cela qu’il se rende au commissariat pour donner, avec la plus grande coopération, des informations personnelles (adresses, numéros de portable…) à propos de « deux musulmans, dont un salafiste, impliqués dans une mosquée de Bagnolet » à des agents de police qui ont cru rêver tellement ils n’en demandaient pas tant.

Petit rappel des faits
Lorsque nous avons appris en juin 2012 que A. Piettre, très sournoisement, avait trahi notre confiance en exploitant nos vécus sans que nous l’y ayons autorisé, nous avons privilégié la médiation interne au PIR, pensant avoir affaire à des musulmans sincères. Nous avons d’une part demandé à Piettre d’arrêter son escroquerie. D’autre part nous avons demandé aux dirigeants du PIR d’inciter ce militant, qui se comportait en voyou avec d’autres militants du parti, à arrêter son « enquête », ou au moins à ne plus se servir de leur caution et de leur soutien, dont il pouvait jusque là se vanter. Nous ne demandions même pas son exclusion, ce qui pourtant aurait été largement légitime. Mais A. Piettre et les dirigeants du PIR ont fait la sourde oreille, malgré notre volonté d’éviter la rupture et les règlements de compte sur la place publique.

Pire que cela, en septembre 2012, Sadri Khiari, le big boss, Stella Magliani et Felix Boggio, eux aussi militants du PIR, sont partis main dans la main dans une université suisse organiser avec Piettre un séminaire intitulé « le renouveau islamique à Bagnolet » dont nous étions l’objet. Ils dissertèrent à Lausanne dans la joie et la bonne humeur, comme si les chiens que nous étions pouvions toujours aboyer, leur joyeuse caravane continuerait de passer.
Même après cet épisode suisse, les dirigeants du PIR ont dit vouloir « rester neutres » alors que de fait ils prenaient partie pour Piettre, en ne le désavouant pas. Comment « rester neutres » dans cette affaire de pillage quand on ose se dire « parti des quartiers » ?

La médiation ayant échoué, à notre grand regret, nous avons décidé en décembre 2012 de dénoncer publiquement l’imposture de Piettre (http://artdelapaix.over-blog.com/article-alexandre-piettre-universitaire-pilleur-113134991.html).

Nous sommes donc intervenus pour interrompre son séminaire le 4 avril 2013. Rien de bien extraordinaire. Nous avons continué à vivre et à agir sur le terrain, sans trop penser à Piettre. Quand soudain, le téléphone sonne. C’est la police. Elle nous informe que quelqu’un a porté plainte contre nous. De qui s’agit-il, quel est donc cet ennemi ? La LDJ ? Les identitaires ? Les islamophobes en tous genres de Bagnolet ? Non, le plaignant c’est Alexandre Piettre, un militant anti-raciste et anti-colonialiste, membre du Parti des Indigènes de la République… le dégout venait interrompre des fous rire nerveux…

Notre intervention à l’université
Nous avions deux objectifs. Nous y rendre permettait d’une part de défendre nos droits face à un imposteur, et d’autre part permettait d’intervenir dans un milieu peu habitué à entendre un discours de contestation de la part des « objets d’étude » des quartiers populaires, sur-étudiés mais sous-respectés, contestation qui ne serait pas passée par le filtrage académique.

Dès notre arrivée dans la salle de cours, nous ne fûmes pas déçus ; nous avons été accueillis par un « hep, on est à l’université ici ! » ; ces universitaires ont dû considérer qu’on avait beaucoup plus notre place dans le quartier à discuter politique en mangeant des grecs avec Piettre qui n’en pouvait plus de nous espionner…
Quand nous avons dit clairement ce que l’on voulait, à savoir qu’on arrête de parler de nous, des étudiants dans la salle nous ont invités à nous asseoir, « on vous écoute ! », nous répétèrent-ils. Justement on ne veut pas être écoutés, on veut qu’on nous laisse tranquille, ne pas être « pris en note ». Piettre lui même a avoué quelques temps après notre intervention que même nos critiques, notre refus d’être « pris en note » étaient intéressants à « prendre en note » pour la suite de ses travaux. Cercle vicieux. On ne s’en sort jamais avec les pilleurs, même le refus d’être pillé est intéressant à piller.
A. Piettre ne trahit d’ailleurs en rien ici la ligne centrale du PIR, appelée « réseau européen décolonial », qui consiste pour les dirigeants du PIR à rejoindre des universitaires, blancs pour l’essentiel, dans les capitales européennes. A l’époque, ils y allaient accompagnés des jeunes militants de quartier que nous étions, preuves sur pattes de leur crédibilité en tant que « mouvement ancré dans les quartiers populaires ». Et ils nous faisaient parader sur scène pour exprimer « notre colère contre le système » pendant que, dans la salle, les Piettre espagnol, allemand ou anglais prenaient en note. A défaut d’être « décolonial », le pillage est européen.

Pour Piettre aussi, la sociologie est un sport de combat…
…un combat acharné contre les musulmans et les militants de quartier.

A. Piettre qui est capable de dénoncer, les larmes aux yeux, les crimes policiers, n’a pas hésité une seconde à envoyer la police à deux musulmans de quartier qui ont refusé de se laisser « enquêter ».
Lui, mieux que personne, peut deviner l’issue de la convocation au commissariat ; les agents de police auront face à eux un universitaire blanc habitant au bord du Canal Saint Martin, qui porte plainte contre deux jeunes arabes barbus, au casier judiciaire entamé, habitant le 93… C’est conscient du racisme structurel en France, du rapport police/quartier, du climat actuel anti-musulmans-potentiels-terroristes qu’il nous envoie la police, certain de l’emporter face à nous, car appuyé par la principale force raciste et répressive de ce pays. D’ailleurs lui même nous a qualifiés de « salafistes » dans son escroquerie d’enquête inventée de toutes pièces ; enquête qu’il a peut-être fait lire aux agents de police, profitant d’être sur place, au commissariat.
Devant notre détermination et notre refus catégorique de nous laisser exploiter, Piettre a décidé de nous forcer la main en nous trainant devant la police. Nous n’avons en aucun cas été violents lors de notre intervention à la fac, mais quand des arabes lèvent la tête dans ce pays, on leur envoie la police pour leur re-signifier leur place. Piettre a été violent avec nous en nous pillant, mais il se pose là en victime de notre violence. Certes nous avons l’habitude qu’on nous la fasse à l’envers mais Piettre, dans un mail qu’il nous a envoyé peu de temps après la plainte, nous a traités de « fourbes », estimant que notre position vis-à-vis de lui relevait du « racisme anti-blanc ». Ça se passe de commentaire.

En utilisant la police comme moyen de pression et pensant nous faire peur, A. Piettre veut nous contraindre à retirer notre premier texte dans lequel nous dénonçons ses méthodes de voyou. Il nous a proposé d’échanger la plainte contre le retrait du texte. Il ajoute donc le chantage à son arc déjà bien fourni.

A. Piettre et sa plainte ne nous font pas peur. Nous ne cédons pas au chantage. Nous ne retirons rien du tout. Bien au contraire, nous sommes bien décidés à interrompre tous les colloques, les cours et séminaires où il interviendra pour présenter son « étude islamiste de Bagnolet ».
Nous tenons comme dans notre premier texte à alerter le monde militant, les quartiers populaires et les mosquées sur les méthodes de ce sociologue, qui fait appel à la police pour pouvoir continuer à exploiter le vécu de militants musulmans sans leur accord.

Deux questions continueront longtemps à nous tarauder l’esprit : comment quelqu’un comme Piettre peut-il avoir sa place au PIR ? Et surtout comment nous, musulmans, nous avons pu nous retrouver dans la même organisation politique que lui ?

Nous réitérons notre invitation en direction des sociologues de tout poil : allez écouter, interviewer, prendre en note, enregistrer et analyser les dominants. Faites des études, diagnostics et rapports de thèse. Et venez nous les présenter en séminaire dans nos quartiers, à nous les dominés qui avons bien besoin de savoir comment les dominants s’y prennent exactement pour nous écraser la tête.

Pour le reste, stop au pillage de nos quartiers et de nos mosquées.

Nemane Amraoui et Youcef Brakni

Je tiens également à préciser que suite à la publication sur ce blog du premier article sur les agissements d’Alexandre Piettre, j’ai reçu plusieurs mails de sa part dont l’objet du premier s’intitulait « diffamation ». Il a d’abord nié la réalité des faits présentés avant de s’embourber dans des justifications oiseuses sur les raisons de son attitude et affirmant le soutien qu’il a du PIR, son rôle au sein de l’organisation etc. A la fin d’un de ses mails, entre deux formules de politesse, il a commencé à se faire plus précis en insinuant que si je ne retirais pas mon texte du blog il utiliserait l’institution judiciaire. Je cite :

Avec l’espoir de poursuivre cet échange, et que vous aurez finalement l’obligeance de retirer ce texte et ce communiqué diffamatoire à mon encontre de votre blog le plus rapidement possible, sachant qu’il est passible de poursuite judiciaire. J’espère que vous comprenez que ce n’est pas du tout ce que je souhaite, ni à votre égard, ni à leur encontre.

On sentait déjà sa tendance au recours juridique comme ultime arme contre les manants mais je ne savais pas qu’il allait effectivement l’utiliser contre Nemane Amraoui et Youcef Brakni un peu plus tard. Que dire sinon que c’est dans ces situations qu’on a accès au positionnement réel de ce type d’individu. Dénoncer les discriminations raciales et les rapports de classe que peuvent subir les descendants de colonisés au sein des institutions c’est bon pour les bouquins ou les colloques, mais quand il y a un intérêt en jeu faudrait pas oublier ses vieux réflexes de dominant : police, justice et influence ou l’ordre bourgeois à la rescousse de l’aspirant mandarin.

NB : la photographie liée à cet article sur la page d’accueil est une photographie de Denis Darzacq intitulée chute n° 17 et extraite de sa série La Chute.

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2 Commentaires

  1. masrwatouness

    Attaquer en justice ceux que l’on pille, fallait oser!

    Très déçue de la réaction molle du PIR, qui agissent en contradiction flagrante avec leur « combat » affiché.

  2. Niya N.

    Oui, c’est étrange. Je ne comprends pas que le chercheur continue de citer ses sources alors que les personnes interrogées ne le souhaitent. Les organismes scientifiques ont des codes de déontologie. Ces jeunes personnes devraient peut-être s’adresser à ces organismes. Dans plusieurs pays, des agissements pareils sont très sévèrement réprimandés. Mais il est vrai qu’en France, les chercheurs approchent les populations enquêtées -surtout vulnérables- comme si elles étaient des objets.
    Personnellement, je me fiche de PIR, mais je suis concerné par l’attitude du chercheur. Et, si ce qui est relaté est vrai, je trouve cela très problématique et irrespectueux.

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