La privatisation du web

Homme donnant la fessée à un bouc

Voici le début d’un article paru en avril 2011 dans la revue Le Tigre et écrit par Raphaël Meltz. Il s’intitule « Et nous assistâmes, les bras ballants, à la privatisation du web« . Vous pouvez le lire dans son intégralité sur le site de la revue. C’est un des rares articles qui explique simplement quel est le plus gros problème des réseaux sociaux que sont Facebook et Twitter avant même le problème du non respect des données personnelles des utilisateurs : la privatisation d’un espace qui est libre dans sa conception et son fonctionnement et qui doit le rester sous peine de ne plus être le web mais autre chose. C’est en cela que l’enjeu est crucial !

Régulièrement on nous pose la question. Ou alors on nous propose. Pourquoi Le Tigre n’est pas sur Facebook, sur Twitter ? Vous voulez qu’on s’en charge ? Je réponds poliment – pas toujours poliment – que non merci ça ira très bien comme ça. Encore faudrait-il se justifier. Voici quelques explications.

Il faut se méfier des métaphores avec lesquelles on peut tout dire, et son contraire. Mais tout de même : imaginez. En bas de chez vous, il y a une route, vous pouvez l’emprunter, vous y croiserez d’autres gens, des inconnus, il vous faudra éventuellement éviter les crottes de chien et les nids de poules, et la circulation est régie par un code de la route que nul n’est censé ignorer, et dont les règles ont été fixées de manière démocratique par un État. Et voilà soudain que, au-dessus de cette route, une nouvelle route est construite, par une entreprise privée. Cette route est indéniablement plus belle, plus propre, mieux entretenue que l’autre ; elle est aussi plus pratique : plein de petits services ont été ajoutés. On peut boire des cafés gratuitement à des bornes. On peut écouter de la musique gratuitement. Il y a surtout un avantage incroyable : sur cette route, on ne croise que les gens qu’on a choisi de voir. Les autres ne nous voient pas ; on ne les voit pas. S’il le faut vraiment (et parfois il le faut parce que des rétrogrades refusent d’emprunter cette route, alors qu’elle est gratuite), on peut trouver parfais des passerelles vers la route du bas, la vieille moche. Bien sûr, il y a des publicités le long de cette route, mais finalement il y en avait aussi sur celle du bas. Bien sûr, il faut s’inscrire pour aller sur cette route, pas comme l’autre, ouverte à tous.

La métaphore est facile à décoder : la route du bas, c’est le monde du web traditionnel. Un réseau ouvert et libre, régi par des règles discutées dans des organismes internationaux à but non lucratif. Avec des protocoles permettant de créer différents types de communication : sites web, emails, peer-to-peer (c’est-à-dire transfert de fichiers d’ordinateurs uniques à ordinateurs uniques, de manière décentralisée), etc. La route du haut, c’est celle de Facebook, qui est en passe de réussir le hold-up le plus stupéfiant de l’histoire de l’humanité, puisque 500 millions d’individus ont, d’eux-mêmes, fait le choix de s’y inscrire et de l’utiliser majoritairement pour communiquer. Facebook est un site entièrement privé, qui utilise des protocoles qui lui appartiennent. Financé par la publicité, il offre en effet de multiples services gratuits (vous rappeler que c’est l’anniversaire d’Untel, lui envoyer automatiquement une carte de voeux animée, lui faire voir en vidéo « Happy birthday Mr. President », etc.). Et si des passerelles existent encore vers le web (un simple lien vers un bon vieux site), Facebook fait tout pour les minimiser : plus les utilisateurs restent sur Facebook, plus leur valeur auprès des annonceurs est forte. (…)

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